Résumé de la conférence de E. De Rossi
Gémellité : mystère et génétique
Introduction
Lorsqu’un ovule rencontre un spermatozoïde, on parle de zygote…dans le cas de 99 naissances sur cent, un seul bébé naît de cette rencontre !
Dans le petit pourcent qui reste c’est tout différent…soit un ovule rencontre un spermatozoïde puis se divise en deux (parfois plus) ou alors ce sont deux ovules qui rencontrent deux spermatozoïdes .
Il existe une certaine ambiguïté à propos du sens du mot « jumeaux » et qui apparaît dans la distinction entre vrais et faux jumeaux. On peut définir les jumeaux soit par le fait qu’ils sont issus d’une même gestation, soit par le fait qu’ils proviennent d’un seul et même œuf. Dans le premier cas se sont les « faux jumeaux » ou « hétérozygotes » qui n’ont entre eux que les similitudes que l’on peut rencontrer entre n’importe quels frères et sœurs et qui se répartissent au hasard les gènes du père et de la mère. Dans le cas des « vrais jumeaux » ou « monozygotes » le patrimoine génétique est rigoureusement identique.
Dans les naissances gémellaires le taux de vrais jumeaux est relativement fixe et représente environ 0,04% des naissances ce qui est relativement faible. Il naît un peu plus de couples de jumelles que de couples de jumeaux. Pour ce qui est des naissances gémellaires dites de « haut rang » (3 jumeaux et plus) on peut estimer le taux de naissances triples à environ 1 pour 6’000, celui des naissances quadruples à 1 pour 500′000. On constate toutefois une augmentation du nombre de naissances multiples (hétérozygotes) conditionnée par la généralisation des traitements contre l’infécondité.
Les facteurs de la gémellité
En ce qui concerne les gémellités homozygotes, il ne semble pas exister de facteurs évidents susceptibles de les provoquer. Il n’en est pas de même pour les gémellités hétérozygotes. Ces facteurs seraient l’âge de la mère (6 pour mille < 20 ans, 14 pour mille pour les 35 – 39 ans), d’origine nutritionnel (au Nigeria dans la tribu des Yorubas, le taux de naissances gémellaires avoisine 1/22 et serait dû à une consommation importante de patates douces qui augmenterait le taux d’hormone FSH).
Quoiqu’il en soit, la gémellité est le fait de la femme puisqu’elle est liée aux sécrétions hormonales femelles…avoir un mari jumeau ne signifie pas que la famille verra naître des jumeaux. Certaines études ont cependant montré que les jumelles ont deux fois plus de jumeaux que les autres mères, c’est toujours une question de sécrétion hormonale.
Le niveau extrême de la gémellité : les siamois
C’est un clivage (séparation) de l’œuf après la fécondation qui donne naissance aux jumeaux vrais. Mais ce clivage peut s’effectuer plus ou moins précocement après la fécondation. C’est la précocité du clivage qui conditionne l’intimité des rapports entre les jumeaux au cours de la grossesse (nombre de placenta et nombre de poche).
Si ce clivage a lieu dans les deux premiers jours après la fécondation, un chorion (placenta) et un amnios (poche amniotique) se forment pour chacun des deux embryons (30% des grossesse monozygotiques), ils possèdent ainsi chacun leurs enveloppes propres. Si le clivage se produit entre le 3° et le 7° jour, ce qui est le cas le plus fréquent (environ 70 des cas), chaque possède son amnios mais ils partagent le même chorion (placenta). Si la scission se produit après le 8° jour, chorion et amnios sont communs et les deux embryons ne sont séparés par la moindre membrane.
Mais si ce clivage de l’ovocyte a lieu plus tard encore, la séparation entre les deux parties ne peut plus être complète et on aboutit à des siamois et parfois à des jumeaux intérieurs (un zygote ayant deux foies, deux pancréas,etc). Dans le cas des siamois, le fait est heureusement très rare et représente 1 naissance pour 75′000 soit moins de 1% des jumeaux homozygotes.
Hérédité et influence du milieu
La personnalité des jumeaux a fait l’objet de nombreuses études. Celles-ci indiquent souvent un retard des acquisitions dans la prime enfance, en particulier au niveau du langage. Il est plus important chez les vrais jumeaux que chez les autres et chez les garçons que chez les filles. Le langage s’acquiert par la communication avec des adultes, or les jumeaux privilégient les relations entre eux. Cette relation bilatérale aboutit souvent à la création d’un langage particulier qui leur est propre et que René Zazzo appelle « cryptophasie ».
L’une des spécificités de la psychologie des jumeaux réside dans ce que les spécialistes appellent « effet de couple ». Une affection profonde lie les jumeaux et permet souvent l’installation entre eux de relations de dominant à dominé. Les jumeaux, eux, interprètent ce type de relation relevant plutôt de la complémentarité.
Un chercheur, Galton, a dégagé l’importance de l’hérédité comme agent déterminant dans le développement de l’intelligence en particulier. René Zazzo montre que c’est bien plus compliqué…des faits minimes inhérents au milieu ou à l’expérience personnelle de chacun des jumeaux influencent la personnalité et en particulier les relations très particulières des jumeaux, souvent passionnelles et exclusives. La relation de dominant à dominé pousse souvent à l’indépendance en opposition à celle du jumeau dominant. Ceci est si vrai que le comportement de jumeaux homozygotes élevés loin de l’autre est bien plus semblable que celui de ceux élevés ensemble.
Conclusion
Le phénomène de la gémellité a toujours et intriguera encore longtemps l’homme. Tour à tour interprétés au cours des siècles ou autour du monde comme une bénédiction ou un mauvais augure, les jumeaux ont cependant toujours constitué un objet de curiosité, puis d’étude.
Test de gémellité
La plupart des jumeaux procèdent à un test de gémellité afin de dissiper tout doute sur le fait qu’ils sont ou non identiques. Bien que le test de gémellité soit principalement réalisé pour des motivations personnelles, l’importance qui en résulte pour le dossier médical est très importante. A titre d’exemple, si l’un des jumeaux nécessitait une greffe (moelle, rein, etc.) son jumeau identique serait le donneur parfait.
Un laboratoire canadien, PRO-ADN Diagnostic propose un test très simple pour dissiper les doutes. Ce test est réalisé à partir d’un frottis buccal, simple et sans douleur, offrant la même fiabilité qu’un test sanguin.